Contexte
Un site industriel exploite une chaîne d’évaporateurs multi-effets chauffée par vapeur issue d’une chaudière gaz. L’installation est ancienne, partiellement limitée en capacité et représente un poste majeur de consommation énergétique.
Exergia a étudié l’électrification du procédé par recompression mécanique de vapeur afin de supprimer l’apport de vapeur chaudière, réduire la consommation de gaz et construire une feuille de route compatible avec le renouvellement des équipements.
La chaîne d’évaporateurs étudiée fonctionne selon une architecture multi-effets. La vapeur produite par chaudière gaz alimente le premier effet, puis la chaleur est réutilisée d’effet en effet jusqu’au condenseur.
Cette configuration permet déjà une certaine efficacité énergétique, mais elle reste dépendante d’un apport continu de vapeur fossile. Une partie de la vapeur de procédé est également perdue vers le condenseur, alors qu’elle contient encore une énergie valorisable.
Le projet devait répondre à trois enjeux : réduire fortement la consommation de gaz, moderniser une installation existante et intégrer cette transformation dans une trajectoire industrielle réaliste, sans fragiliser la production.
Notre méthodologie
Exergia a reconstruit les bilans matière-énergie de l’évaporation à partir des données disponibles, des conditions d’exploitation et des contraintes de production.
L’analyse a porté sur les débits évaporés, les niveaux de pression, les températures par effet, les coefficients d’échange, la consommation de vapeur chaudière, les pertes vers condenseur et les consommations électriques des équipements existants.
Plusieurs scénarios ont ensuite été comparés pour identifier l’architecture la plus robuste : maintien d’une chaîne multi-effets, réorganisation des effets, ajout de recompressions intermédiaires, fonctionnement par blocs indépendants et électrification progressive.
Solution étudiée
La solution repose sur la recompression mécanique de vapeur.
Dans la situation initiale, la chaîne consomme de la vapeur chaudière produite au gaz. Dans la situation étudiée, la vapeur issue du procédé est récupérée, comprimée mécaniquement, puis réutilisée comme source de chaleur pour l’évaporation.
La RMV ne produit donc pas toute la chaleur à partir d’électricité. Elle utilise l’électricité pour remonter le niveau de pression et de température d’une vapeur déjà présente dans le procédé.
Cette logique permet de passer d’un apport thermique fossile à un recyclage interne de chaleur, avec une consommation électrique nettement inférieure à l’énergie gaz substituée.
La solution a intégré l’analyse thermique de la chaîne existante, la définition des niveaux de température par effet, le dimensionnement des RMV, l’identification des pertes vers condenseur, l’analyse des besoins électriques, l’étude CapEx / OpEx et la construction d’une feuille de route de mise en œuvre.
Résultats
L’étude a montré que l’électrification de l’évaporation par RMV permettait de supprimer l’apport de vapeur chaudière sur la chaîne concernée.
Le scénario étudié permet de remplacer environ 54 GWh/an de gaz et d’éviter environ 10 ktCO₂/an. L’investissement est estimé à environ 4,7 M€, avec un temps de retour de 1,8 an.
L’indicateur le plus parlant est le facteur de réduction de l’énergie consommée : pour produire le même service thermique, la RMV permet de diviser l’énergie achetée par environ 14 par rapport à la situation initiale alimentée par vapeur gaz.
Ce résultat s’explique par le principe même de la recompression mécanique de vapeur : l’électricité ne sert pas à créer toute la chaleur utile, mais à recycler la chaleur latente déjà présente dans le procédé.
Le projet a également permis d’identifier les conditions de réussite : stabilité des débits, gestion des gaz non condensables, maîtrise des pertes de charge, intégration électrique, maintenance des compresseurs et phasage avec le renouvellement des équipements existants.

Ce que montre ce projet
L’électrification d’un procédé thermique ne consiste pas toujours à remplacer une chaudière gaz par une chaudière électrique.
Dans certains procédés, la chaleur est déjà présente sous forme de vapeur basse pression ou de buées. La question devient alors : peut-on la récupérer, la recomprimer et la réutiliser au lieu de la condenser et de produire à nouveau de la vapeur au gaz ?
Dans ce projet, la recompression mécanique de vapeur a permis de transformer une chaîne d’évaporateurs existante en procédé fortement électrifié, avec un gain énergétique très élevé et un impact direct sur les émissions de CO₂.
FAQ
Qu’est-ce que la recompression mécanique de vapeur ?
La recompression mécanique de vapeur consiste à comprimer une vapeur basse pression issue du procédé pour augmenter sa température et la réutiliser comme source de chaleur.
Pourquoi la RMV est-elle adaptée à l’évaporation ?
L’évaporation génère naturellement de la vapeur. Si cette vapeur est suffisamment stable et compatible avec le procédé, elle peut être recomprimée puis réutilisée dans l’évaporateur, ce qui réduit fortement le besoin en vapeur chaudière.
La RMV permet-elle toujours de supprimer totalement la vapeur chaudière ?
Non. Cela dépend des températures, des pressions, des débits, de la stabilité du procédé, des pertes de charge et de l’architecture des effets. Dans le cas étudié, le scénario retenu permettait de supprimer l’apport de vapeur chaudière sur la chaîne concernée.
Pourquoi l’énergie consommée est-elle divisée par 14 ?
Parce que la RMV ne transforme pas directement l’électricité en chaleur comme une chaudière électrique. Elle utilise l’électricité pour recomprimer une vapeur déjà disponible dans le procédé. L’énergie utile recyclée est donc très supérieure à l’électricité consommée.
Quels sont les points critiques d’un projet RMV ?
Les points critiques sont la stabilité du débit vapeur, les gaz non condensables, l’encrassement, les coefficients d’échange, les pertes de charge, le bruit, la maintenance, l’intégration électrique et la compatibilité avec les cycles de nettoyage ou d’arrêt.