Dans une usine, la chaleur circule rarement de manière idéale. Elle est produite dans une chaufferie, distribuée par un réseau vapeur, transférée à un procédé, puis rejetée sous une forme dégradée : vapeur basse pression, buées, condensats chauds, fumées humides ou chaleur dissipée vers un condenseur. D’un point de vue énergétique, cette chaleur n’a pas disparu. Elle a simplement perdu une partie de sa valeur d’usage, parce qu’elle n’est plus disponible au bon niveau de pression ou de température pour être réutilisée directement.
La recompression mécanique de vapeur, ou RMV, part précisément de ce constat. Plutôt que de produire toute la chaleur à partir d’un combustible, elle récupère une vapeur déjà présente dans le procédé, la comprime mécaniquement pour augmenter sa pression et sa température, puis la réinjecte comme source de chaleur utile. Ce changement paraît simple, mais il modifie profondément la logique énergétique d’un procédé : au lieu de fonctionner comme une boucle ouverte où l’on produit, consomme puis rejette de la chaleur, l’installation commence à recycler une partie de sa propre énergie.
Cette approche est particulièrement intéressante dans les procédés d’évaporation, de concentration, de distillation ou certains séchages, où de grandes quantités de vapeur sont générées par le procédé lui-même. Dans ces cas, la RMV peut devenir l’un des leviers les plus efficaces pour électrifier la chaleur industrielle sans simplement transférer la facture du gaz vers l’électricité.
L’électrification ne suffit pas si l’efficacité ne change pas
Remplacer du gaz par de l’électricité peut sembler être la voie la plus directe pour réduire les émissions de CO₂ d’un site industriel. Dans certains cas, cette substitution est pertinente, notamment lorsque les besoins sont simples, les températures modérées et les coûts d’électricité maîtrisés. Mais pour de nombreux procédés thermiques, l’électrification directe pose une difficulté économique immédiate : une chaudière électrique transforme environ 1 MWh d’électricité en 1 MWh de chaleur utile. Elle supprime la combustion locale, mais elle ne réduit pas la quantité d’énergie finale nécessaire au procédé.
Si l’électricité coûte deux, trois ou quatre fois plus cher que le gaz, une telle substitution peut rapidement dégrader l’OpEx, même lorsque le bilan CO₂ s’améliore. La question centrale n’est donc pas seulement de savoir quel vecteur énergétique utiliser. Elle est de savoir combien d’énergie il faut réellement consommer pour fournir le même service thermique.
La RMV change cette équation, car elle n’utilise pas l’électricité pour produire toute la chaleur utile. Elle l’utilise principalement pour relever le niveau thermique d’une vapeur déjà présente dans le procédé. La chaleur récupérée lors de la condensation de cette vapeur recomprimée peut alors être plusieurs fois supérieure à l’énergie électrique consommée par le compresseur. La différence entre une électrification coûteuse et une électrification compétitive tient souvent à ce point : ne pas produire une chaleur neuve lorsque le procédé génère déjà une chaleur que l’on peut recycler.

Le principe de la RMV
La vapeur contient une grande quantité d’énergie sous forme de chaleur latente. Dans un procédé d’évaporation, par exemple, on apporte de la chaleur à un produit liquide afin d’évaporer une partie de son eau. Le produit se concentre, mais cette opération génère en même temps de la vapeur. Dans une configuration classique, cette vapeur peut être partiellement valorisée dans une évaporation multi-effets, puis finir condensée et rejetée lorsque son niveau de pression devient insuffisant pour continuer à chauffer efficacement le procédé.
Cette situation crée une boucle ouverte. Le site produit de la vapeur utile, souvent à partir d’une chaudière gaz, l’utilise dans le procédé, puis rejette une partie de la vapeur générée par ce même procédé. Le système fonctionne, mais il laisse sortir une quantité significative d’énergie encore disponible.

La recompression mécanique de vapeur consiste à fermer cette boucle. La vapeur basse pression est aspirée par un compresseur. La compression augmente sa pression et donc sa température de saturation. La vapeur recomprimée peut alors être renvoyée vers un échangeur, un évaporateur ou un autre consommateur thermique, où elle condense en fournissant de la chaleur utile. Le procédé produit à nouveau de la vapeur, qui peut à son tour être récupérée et recomprimée.

On peut décrire la RMV comme une pompe à chaleur en cycle ouvert. La différence avec une pompe à chaleur classique est importante : il n’y a pas de fluide frigorigène intermédiaire. Le fluide comprimé est directement la vapeur du procédé. Cette caractéristique explique une partie de son efficacité, mais aussi sa complexité d’intégration. Une RMV ne se place pas simplement à côté d’une chaufferie ; elle modifie les équilibres thermiques internes du procédé.
Pourquoi le COP peut être très élevé
Le coefficient de performance d’une RMV correspond au rapport entre la puissance thermique récupérée et la puissance électrique consommée par le compresseur. Dans une chaudière électrique, ce rapport est proche de 1. Dans une pompe à chaleur industrielle, il peut atteindre 2, 3, 4 ou davantage selon les températures. Dans une RMV, des valeurs de l’ordre de 10 à 30 peuvent être observées dans des applications favorables.
La raison est thermodynamique. L’électricité ne sert pas à créer toute la chaleur utile ; elle sert principalement à augmenter la pression et la température d’une vapeur qui contient déjà une quantité importante d’énergie. Si une vapeur basse pression proche de 100°C est recomprimée pour atteindre environ 120°C, la chaleur récupérable lors de sa condensation reste élevée, tandis que l’énergie mécanique nécessaire à cette élévation de pression reste relativement limitée. Dans un cas de compression de vapeur de 0 bar(g) à 1 bar(g), un ordre de grandeur de COP autour de 13 peut ainsi être obtenu selon les conditions de débit, de puissance absorbée et de condensation.
Il faut toutefois manier ces chiffres avec prudence. Un COP annoncé sur un point nominal ne suffit pas à qualifier un projet. La performance réelle dépend des pressions d’entrée et de sortie, de l’écart de température à franchir, du rendement du compresseur, des pertes de charge, des auxiliaires, de la qualité de la vapeur et surtout du profil de fonctionnement annuel. Une RMV très performante à un point donné peut être moins intéressante si le procédé fonctionne souvent à charge partielle, si les pertes de charge sont sous-estimées ou si les arrêts et redémarrages sont fréquents.
Un projet RMV ne se décide donc pas sur un COP théorique, mais sur une performance annuelle installée, calculée à partir des vrais régimes d’exploitation.
L’évaporation, application naturelle de la RMV
L’évaporation est l’une des applications les plus évidentes de la recompression mécanique de vapeur, car elle produit précisément le flux que la RMV cherche à valoriser. Un évaporateur consomme de la chaleur pour extraire de l’eau d’un produit ; cette eau évaporée devient une vapeur qui peut être recomprimée et utilisée comme vapeur de chauffage.
Dans une évaporation multi-effets, la chaleur est déjà utilisée de manière plus efficace qu’un simple effet, puisque la vapeur générée dans un effet sert à chauffer le suivant. Mais cette cascade thermique finit toujours par atteindre un niveau où la vapeur n’est plus suffisamment chaude ou pressurisée pour être valorisée directement. La RMV peut alors prolonger ou transformer cette cascade en remontant le niveau thermique de certains flux.
Selon le procédé, l’intégration peut prendre plusieurs formes. Elle peut concerner un évaporateur simple effet, une partie d’une chaîne multi-effets, un effet spécifique ou une reconfiguration plus globale. Plusieurs compresseurs peuvent être nécessaires en série lorsque l’écart de température est important. À l’inverse, la meilleure solution n’est pas toujours de tout recomprimer : une RMV partielle, limitée à certains flux ou certains régimes, peut parfois offrir un meilleur compromis entre CapEx, performance et robustesse d’exploitation.
Les secteurs concernés sont nombreux : agroalimentaire, sucrerie, amidonnerie, ingrédients, chimie, pharmacie, traitement d’effluents, cristallisation ou concentration de solutions aqueuses. Dans tous les cas, l’analyse doit partir du procédé. La question n’est pas de savoir si la RMV est une bonne technologie en général, mais si elle permet de fermer une boucle thermique précise, sur ce site, avec ces contraintes de production.

Lorsque la chaleur fatale n’est pas directement sous forme de vapeur
La RMV est plus simple à envisager lorsque le procédé produit déjà une vapeur récupérable. Mais certains procédés rejettent plutôt des buées, des fumées humides ou des flux chauds contenant de la vapeur d’eau diluée. C’est le cas de nombreux séchages industriels.
Dans ce type d’application, la première étape n’est pas toujours la compression. Il peut être nécessaire de récupérer l’énergie contenue dans les buées, de condenser une partie de la vapeur d’eau, de produire une vapeur secondaire ou d’introduire une boucle intermédiaire. La RMV intervient alors après une étape de récupération, de séparation ou de transformation du flux.
La faisabilité dépend fortement de la qualité du rejet : température, humidité, débit, poussières, composés organiques, corrosion, encrassement, présence d’incondensables et contraintes sanitaires. Une buée chaude n’est pas automatiquement une vapeur exploitable. Elle peut contenir beaucoup d’énergie, mais être difficile à comprimer ou à réutiliser sans traitement préalable.
C’est pourquoi les projets de RMV sur buées de séchage doivent être abordés avec prudence. Le potentiel peut être important, mais la vraie question est de savoir si cette chaleur fatale peut être transformée en un flux stable, propre, exploitable et compatible avec une recompression.
Pourquoi la RMV reste encore sous-exploitée
Si la RMV est capable d’atteindre des performances aussi élevées, pourquoi n’est-elle pas plus répandue ? La réponse tient moins à la maturité de la technologie qu’à la complexité de son intégration.
La RMV n’est pas sous-exploitée parce qu’elle ne fonctionne pas. Elle est sous-exploitée parce qu’elle est plus difficile à standardiser, à dimensionner et à intégrer qu’un équipement d’utilité classique. Une chaudière, une pompe à chaleur sur boucle d’eau chaude ou un échangeur peuvent souvent être étudiés comme des équipements relativement séparés du cœur de production. Une RMV, au contraire, intervient directement dans les équilibres du procédé : pressions, températures, évaporation, condensation, régulation, qualité produit, charge partielle, démarrage, arrêt et stratégie d’appoint.
Elle se situe donc à la frontière entre les utilités et le procédé. Elle demande une compréhension fine des bilans masse et énergie, mais aussi des contraintes d’exploitation, de maintenance, de nettoyage, de sécurité et de qualité. Deux évaporateurs peuvent se ressembler sur un schéma, tout en ayant des profils de charge, des comportements d’encrassement, des contraintes produit ou des pertes de charge très différents.
La RMV souffre aussi d’un déficit de visibilité. Elle existe depuis des décennies et elle est mature dans plusieurs secteurs, mais elle reste moins connue que les chaudières électriques, les pompes à chaleur classiques ou la récupération de chaleur par échangeur. Ce n’est donc pas une technologie expérimentale ; c’est une technologie exigeante, qui nécessite une ingénierie procédé rigoureuse pour être correctement intégrée.

Dimensionner une RMV : partir du besoin, pas de la machine
Le dimensionnement d’une RMV commence par la définition du besoin de recompression. Il faut connaître, pour chaque mode opératoire, le débit de vapeur à recomprimer, la pression d’entrée, la pression de sortie, la température d’entrée, la température cible, les variations de débit, les conditions nominales et les régimes de démarrage ou d’arrêt.
Un calcul préliminaire peut donner un ordre de grandeur de puissance électrique, mais il ne suffit pas. Le besoin doit ensuite être confronté aux courbes réelles des compresseurs : élévation de température possible, puissance absorbée, plage de débit, vitesse de rotation, limites de fonctionnement et marges par rapport aux zones instables.
Un point est souvent sous-estimé : un compresseur de vapeur ne peut pas augmenter indéfiniment la température en une seule machine. Lorsque l’écart de température est important, plusieurs machines peuvent être nécessaires en série. Cela influence directement le CapEx, la consommation électrique, la régulation, le layout, la maintenance, la disponibilité et les pertes de charge. La RMV doit donc être dimensionnée comme un système complet, et non comme une machine isolée.
Les pertes de charge peuvent changer le projet
Dans un projet RMV, les pertes de charge ne sont pas un détail de tuyauterie. Elles peuvent réduire le COP réel, augmenter la puissance électrique absorbée et modifier le nombre de machines nécessaires.
Ces pertes apparaissent dans les conduites vapeur, les coudes, les convergents à l’aspiration, les divergents au refoulement, les échangeurs, les séparateurs, les vannes, les accessoires et les longueurs de tuyauterie ajoutées. Or un fournisseur peut garantir les performances de sa machine entre l’entrée et la sortie du compresseur, sans intégrer toutes les pertes liées à l’environnement réel d’installation.
C’est un point critique lors de la comparaison d’offres. Une machine plus petite, moins coûteuse et plus rapide peut paraître intéressante sur une fiche technique. Mais si elle impose des convergents et divergents plus pénalisants, des pertes de charge plus élevées ou des marges de fonctionnement plus faibles, la performance installée peut être moins bonne. Dans une RMV, le meilleur équipement n’est pas nécessairement celui qui présente le meilleur rendement machine ; c’est celui qui offre la meilleure performance installée dans le procédé réel.
Le layout, les condensats et la désurchauffe font partie de la performance
L’implantation physique d’une RMV influence directement sa performance et sa fiabilité. Des tuyauteries trop longues augmentent les pertes de charge, les volumes morts, les risques de condensation et les difficultés de régulation. La position du compresseur par rapport à l’évaporateur ou au collecteur vapeur doit donc être étudiée tôt, en tenant compte de la longueur des conduites, du profil de vitesse à l’aspiration, des pentes, des points bas, du supportage, de l’accessibilité maintenance, des vibrations, du bruit et de la sécurité d’intervention.
Les condensats constituent un autre sujet important. Une vapeur recomprimée peut contenir ou produire des condensats, et ceux-ci doivent être évacués correctement. Les condensats présents dans la volute doivent notamment être drainés pour éviter qu’ils ne soient entraînés par la roue du compresseur, avec des risques mécaniques à la clé.
La désurchauffe peut également être nécessaire. Après compression, la vapeur peut être surchauffée ; pour optimiser le transfert thermique, il peut être utile d’injecter de l’eau afin de rapprocher la vapeur de la saturation. Cette injection doit être conçue avec soin, car elle dépend du point de fonctionnement, de la température vapeur, du niveau de surchauffe, de la qualité d’eau, de l’homogénéité du mélange et des risques d’érosion.
Ces détails peuvent sembler secondaires dans une première approche. Ils font pourtant souvent la différence entre une installation théoriquement performante et une installation robuste en exploitation.
La maintenance doit être pensée dès l’étude
Une RMV est un système procédé comprenant des équipements mécaniques rapides, des moteurs, des variateurs, des joints, des roulements, des organes d’injection, des capteurs, des tuyauteries et parfois des systèmes de lubrification. Sa maintenance ne peut donc pas être traitée après coup.
Dès la conception, il faut prévoir l’accès aux machines, les dégagements de démontage, les moyens de levage, les pièces de rechange critiques, l’inspection de la roue, le suivi vibratoire, le contrôle des joints, l’entretien des organes d’injection, les vidanges éventuelles, le contrôle des drains et l’accessibilité de l’instrumentation.
Pour certains procédés critiques, la vraie question n’est pas uniquement le rendement. Elle est aussi de savoir ce qui se passe si la RMV est indisponible. Un appoint vapeur, un bypass, une redondance partielle ou une stratégie d’exploitation dégradée peuvent être nécessaires. La meilleure solution énergétique ne doit jamais fragiliser la production.
Pourquoi l’indépendance fournisseur est importante
Un projet RMV ne doit pas commencer par le choix d’un fournisseur. Il doit commencer par l’analyse du procédé. Les fabricants de compresseurs connaissent très bien leurs machines, mais ils ne portent pas toujours la responsabilité de l’architecture thermique complète du site.
Or la performance réelle d’une RMV dépend autant de l’intégration que du compresseur lui-même : pertes de charge à l’aspiration et au refoulement, convergents et divergents, longueur des tuyauteries, qualité de la vapeur, charge partielle, régulation, nombre de machines en série, désurchauffe, reprise des condensats, intégration avec l’évaporateur et stratégie d’appoint ou de secours.
Deux offres fournisseurs peuvent donc sembler comparables sur papier tout en conduisant à des performances installées très différentes. C’est pourquoi une analyse indépendante est utile avant de figer une solution. Le rôle d’un bureau d’ingénierie indépendant n’est pas de défendre une marque, une machine ou une technologie unique. Il est de définir l’architecture thermique pertinente, de challenger les hypothèses fournisseurs, de recalculer les performances installées et de comparer les scénarios sur une base homogène : énergie, CO₂, CapEx, OpEx, maintenance, risques procédé et robustesse d’exploitation.
Dans un projet RMV, la bonne question n’est pas de savoir quel fournisseur propose le meilleur compresseur. La vraie question est de savoir quelle architecture donnera la meilleure performance industrielle réelle, sur ce site, avec ce procédé, ces contraintes et ces profils de fonctionnement.
Ne commencez pas par le compresseur
Une erreur fréquente consiste à demander trop vite une offre fournisseur. On dispose d’un débit estimé, d’une pression d’entrée, d’une pression de sortie, et l’on cherche une machine. Cette démarche peut être utile plus tard, mais elle est fragile si elle intervient avant l’analyse du procédé.
Avant de choisir un compresseur, il faut comprendre pourquoi la vapeur est produite, où elle est consommée, où elle est perdue, quelles contraintes qualité doivent être respectées, quels équipements limitent le procédé, quels flux sont réellement synchrones, quels régimes sont représentatifs et quelles modifications sont acceptables.
Dans certains cas, la RMV est la meilleure solution. Dans d’autres, une récupération directe, une pompe à chaleur, une modification d’échangeur, une reconfiguration multi-effets ou une réduction du besoin thermique offre un meilleur compromis. La RMV ne doit pas devenir une réponse automatique ; elle doit rester une option dans une analyse d’architecture thermique.
L’approche Exergia
Chez Exergia, une étude RMV commence par le procédé, pas par la machine. La première étape consiste à reconstruire les bilans masse et énergie de la situation existante : flux entrants, flux sortants, températures, pressions, débits, consommations vapeur, condensats, rejets et profils de fonctionnement. La deuxième étape consiste à identifier les boucles ouvertes, c’est-à-dire les endroits où une énergie thermique est produite, utilisée partiellement puis rejetée.
À partir de cette base, plusieurs scénarios peuvent être construits : optimisation de l’existant, récupération directe, RMV partielle, RMV complète, reconfiguration d’évaporation, machines en série, pompe à chaleur, appoint vapeur, chaudière électrique, hybridation ou trajectoire progressive. Ces scénarios doivent ensuite être comparés sur une base industrielle : énergie, CO₂, CapEx, OpEx, temps de retour, contraintes procédé, qualité produit, maintenance, disponibilité, raccordement électrique, risques, phasage et subsides.
L’indépendance vis-à-vis des fournisseurs est importante dans cette démarche. Exergia ne défend pas une marque, une machine ou une technologie unique. Selon les cas, la meilleure solution peut être une RMV, une pompe à chaleur, une récupération directe, une reconfiguration d’évaporation, une chaudière électrique, un appoint vapeur ou une combinaison progressive de plusieurs leviers.
Cette position permet de comparer les solutions sur leur performance réelle installée, et non uniquement sur des fiches techniques ou des promesses de rendement. Elle permet aussi de challenger les offres fournisseurs : pertes de charge non incluses, conditions de garantie, comportement à charge partielle, puissance absorbée, layout, accessibilité maintenance, instrumentation, stratégie de contrôle et coût complet installé.
L’objectif n’est pas de sélectionner la solution la plus séduisante sur papier. Il est de sécuriser un projet industriel exploitable, défendable en CapEx et robuste dans la durée.
Ce qu’il faut retenir
La recompression mécanique de vapeur est l’un des leviers les plus intéressants pour électrifier certains procédés thermiques industriels, parce qu’elle ne se limite pas à remplacer un combustible par de l’électricité. Elle réduit d’abord l’énergie externe nécessaire au procédé en recyclant une vapeur déjà présente.
Cette logique explique les COP élevés que l’on peut observer dans les applications favorables. Elle explique aussi pourquoi la RMV peut rendre économiquement crédible une électrification qui serait difficile à défendre avec une chaudière électrique. Les procédés d’évaporation, de concentration, de distillation et certains séchages figurent parmi les meilleurs candidats, à condition que les flux, les températures, les pressions et les contraintes d’exploitation soient compatibles.
La RMV n’est toutefois pas universelle. Elle touche au cœur du procédé, demande une compréhension fine des bilans masse et énergie, impose un dimensionnement rigoureux et nécessite une intégration mécanique, électrique et opérationnelle sérieuse. Avant de parler compresseur, il faut revenir au procédé : quels flux, quelles températures, quelles pressions, quelles pertes, quels besoins utiles et quelle architecture thermique cible ?
La RMV est puissante parce qu’elle pose une question simple : pourquoi produire une chaleur neuve quand le procédé génère déjà une chaleur que l’on peut recycler ?
Le prix de l’énergie se subit. La performance des procédés se maîtrise.
Visite terrain de cadrage
Vous pensez avoir ce type de situation sur votre site ?
Exergia peut venir une demi-journée sur place pour comprendre vos installations, identifier les premiers ordres de grandeur et cadrer les pistes à creuser.
Cette visite ne remplace pas un audit ou une étude de faisabilité. Elle permet de qualifier le potentiel, de comprendre le contexte industriel et de définir la suite pertinente.
FAQ
Qu’est-ce que la recompression mécanique de vapeur ?
La recompression mécanique de vapeur consiste à récupérer une vapeur basse pression issue d’un procédé industriel, à la comprimer mécaniquement pour augmenter sa pression et sa température, puis à la réutiliser comme source de chaleur utile.
Quelle est la différence entre une RMV et une pompe à chaleur industrielle ?
Une pompe à chaleur industrielle fonctionne généralement en cycle fermé avec un fluide frigorigène. Une RMV fonctionne en cycle ouvert : elle comprime directement la vapeur du procédé, sans fluide frigorigène intermédiaire.
Dans quels procédés la RMV est-elle pertinente ?
La RMV est particulièrement pertinente dans les procédés qui génèrent de la vapeur ou des buées récupérables : évaporation, concentration, distillation, cristallisation, certains séchages, traitement d’effluents et certains procédés chimiques ou agroalimentaires.
Quel COP peut atteindre une RMV ?
Dans des applications favorables, une RMV peut atteindre des COP de l’ordre de 10 à 30. La performance réelle dépend toutefois des pressions, des températures, des pertes de charge, du compresseur et du profil de fonctionnement annuel.
Une RMV permet-elle de supprimer complètement le gaz ?
Pas toujours. Une RMV peut réduire fortement la consommation de vapeur produite au gaz, mais un appoint peut rester nécessaire pour les démarrages, les pics de charge, les régimes transitoires ou certains besoins non couverts.
Pourquoi la recompression mécanique de vapeur est-elle encore sous-exploitée ?
La RMV est encore sous-exploitée parce qu’elle se situe à la frontière entre les utilités et le procédé. Elle est mature techniquement, mais exigeante à intégrer car elle modifie les équilibres thermiques internes de l’installation.
Pourquoi passer par un bureau indépendant avant de choisir un fournisseur RMV ?
Parce qu’une RMV ne se résume pas au choix d’un compresseur. La performance réelle dépend aussi de l’intégration complète : tuyauteries, pertes de charge, régulation, layout, charge partielle, maintenance, appoint vapeur et contraintes procédé.
Faut-il commencer par demander une offre fournisseur ?
Non. Le premier pas consiste à reconstruire les bilans masse et énergie du procédé : débits, pressions, températures, vapeur produite, vapeur consommée, condensats, pertes, régimes de fonctionnement et contraintes d’exploitation.
Vous avez un procédé d’évaporation, de concentration ou de séchage fortement consommateur de vapeur ?
Exergia peut vous aider à reconstruire les bilans masse et énergie, identifier les boucles thermiques ouvertes et comparer plusieurs scénarios : RMV, récupération directe, pompe à chaleur, chaudière électrique, appoint vapeur ou reconfiguration du procédé.

Comment savoir si votre procédé est compatible avec une RMV ?
Un procédé mérite une analyse RMV lorsqu’il évapore de l’eau ou un solvant, génère une vapeur ou une buée récupérable, dispose d’un besoin thermique compatible et fonctionne suffisamment d’heures par an pour valoriser l’investissement. Une consommation gaz significative associée au procédé renforce évidemment l’intérêt potentiel.
Les premières questions à poser sont assez simples : la vapeur produite est-elle aujourd’hui condensée ou rejetée ? Existe-t-il un besoin de chaleur proche en température ? L’écart de température à franchir est-il raisonnable ? Les données de pression, de température et de débit sont-elles disponibles ? La vapeur est-elle propre ou contaminée ? Le site dispose-t-il de puissance électrique ? Un appoint vapeur reste-t-il nécessaire ? L’intégration physique peut-elle être réalisée pendant un arrêt réaliste ?
Si plusieurs réponses sont favorables, la RMV mérite au minimum une préfaisabilité. Mais si les données sont insuffisantes, il faut commencer par mesurer. Une RMV ne se dimensionne pas correctement sur des impressions d’exploitation.